Après avoir été co-éditeur d'un mensuel rock indé dans les 80's (Rock Press, à Toulouse), Philippe Astor a travaillé pendant cinq ans pour la presse informatique à Paris puis collaboré à La Tribune, au Figaro Multimédia et aux Echos. Il a rejoint une filiale de Canal+ pendant trois ans, pour travailler sur les émissions Cyberflash et Cyberculture. Il a aussi réalisé plusieurs reportages TV pour Net+Ultra sur la Cinquième et été rédac chef d'un des tout premier magazine TV consacré à Internet (Magnet) sur C: (Canalsat). Depuis 1998, Philippe Astor suit plus particulièrement les développements de la musique en ligne et des nouveaux médias. Il a couvert six Midem et écrit notamment pour Mptrois.com, ZDNet, Musique Info Hebdo, Grandlink Music News et Music Reporter.

Vous pouvez retrouver quotidiennement Philippe Astor sur son blog The Digital Juke Box : http://djbox.typepad.com/

Ecouter l'interview :


Compte-rendu écrit de l'interview :

Question 1
Si vous deviez identifier deux évolutions majeures dans les pratiques de consommations et d'écoute musicale des quinze dernières années, lesquelles seraient-elles?

  • Le téléchargement d'oeuvres sur l'internet.
  • La dématérialisation et la numérisation des oeuvres.

Mais au dessus de ces deux points, les nouveaux modes de consommations du type abonnement et transfert illimité sont des changements fondamentaux.

Si vous vous projetez dans 15 ans, comment ces évolutions pourraient-elles dérouler leurs conséquences?

Il existe deux travers liés aux industries liées à l'internet qui rendent cette question difficile:

  • Tout d'abord, il est très difficile d'anticiper les évolutions qui pourraient apparaître demain sur le réseau, on se trompe très souvent.

  • Dans le monde de l'internet, les évolutions sont extrêmement rapides ce qui rend les prévisions à long terme très difficiles.

Néanmoins, le modèle « music like water » popularisé par les auteurs du livre « The future of Music » (http://www.futureofmusicbook.com/) dans lequel le marché de la musique va reposer sur la valeur ajoutée des services et non plus sur le contenu musical lui même. Les play list, la personnalisation de son expérience musicale, l'accessibilité à son contenu en tout lieu, à tout moment, sur tous ses appareils de lecture seront des services qui apporteront de la valeur ajoutée au contenu et généreront de nouveaux revenus.

Question 2
Si vous deviez identifier deux innovations majeures dans la manière dont les entreprises du secteur exploitent les possibilités économiques ouvertes par le numérique et les réseaux, lesquelles seraient-elles?

L'initiative récente de Napster (http://www.napster.com/) qui subventionne le « hardware » (les appareils d'écoute) si l'on s'abonne pour un certain temps au service de téléchargement proposé. C'est la forme de développement adoptée par les industries de télécommunications avec des offres de téléphones mobiles à un euro. Cela permet de démocratiser l'accès à de nouveaux services qui seront sources de nouveaux revenus.

Par rapport à l'offre de SpiralFrog (téléchargement gratuit financé par la publicité et dont plusieurs Majors sont ), ce n'est pas un modèle pérenne, c'est une plate-forme d'écoute intégrale, on accepte de visionner un clip de publicité pour écouter de la musique, cette solution ne développe pas de nouveaux services rémunérateurs.

En vous projetant dans quelques années, quels effets ces innovations (ou d'autres auxquelles vous pourriez penser mais qui ne se sont pas encore manifestées) pourraient-elles avoir?

L'industrie musicale est à la veille d'une croissance considérable une fois que l'on aura é et validé les nouveaux modèles par rapport à l'unique vente de CD grâce aux nouveaux services mis en place autour du contenu musical lui même. C'est difficile à imaginer, mais il va probablement avoir une plus grande diversité d'offres culturelles et une plus grande accessibilité aux expressions artistiques diverses et variées.

Question 3
En supposant qu'il subsiste un échange important de fichiers musicaux non commerciaux (couvert ou non par des dispositions de type « licence globale »), comment l'industrie musicale pourrait-elle retrouver les moyens de générer des revenus suffisants, afin de trouver le chemin de la croissance?

Pour Philippe Astor, si l'on se base sur de nouveaux services pour créer de la valeur, alors le P2P comme on le connaît n'a que très peu d'avenir. Le peer to peer est de l'infrastructure de réseau, c'est un moyen de mutualiser les coûts de bande passante de stockage et de numérisation, mais ce n'est pas un modèle d'avenir. Le fait de disposer de morceaux sur son ordinateur, sur sa chaine Hi-Fi va avoir tendance à disparaître. D'ailleurs les nouvelles générations de réseaux Peer to Peer anonymes et cryptés ne font plus recette, il y a peu d'utilisateurs et peu d'oeuvres partagées.

On le voit dans les applications du Web 2.0 comme les radioblogs, les échanges se font sur les goûts musicaux par exemple, plus sur les fichiers. On peut avoir tout de même des modèles de monétisation des échanges Peer to Peer, pas sous une forme de licence globale discutée lors de la loi DADVSI, mais sur des modèles d'abonnement dans lesquels on peut pour 10 euros par mois télécharger ce que l'on veut avec ou sans DRM. En jouant le jeu, nous accédons à une expérience musicale beaucoup plus étendue qu'avec le CD.