Nous vous proposons une retranscription quasi-intégrale de l'Interview de Sophie Bramly aux "3 questions aux experts"

La musique a toujours été dématérialisée. C’est à la fin du XIX que la musique a commencé à se matérialiser (sur rouleaux et Gramophone). Les artistes se sont adaptés à ce format en créant de nouveaux instruments, de nouvelles machines. Par exemple, lors du passage du Vinyl au CD, les albums sont passés de 46 à 74 minutes. Quand Roland a démocratisé son célébre synthétiseur depuis le Japon, le Rap est né puis les musiques électroniques. Il y a des liens permanents entre les évolutions technologiques et les genres musicaux, et forcément des pratiques d’écoutes musicales qui en découlent.

Les innovations du CD et la re-dématérialisation de la musique révolutionnent par une grande mobilité et une extraordinaire augmentation du temps d'écoute de la musique. Elle est beaucoup plus consommée que ces dernières années.

De 1940 à la fin du siècle, chaque décade a été l’émergence de styles musicaux majeurs, les affranchissant des générations précédentes : le Jazz, le Rock, le Punk, la Techno, le Rap.
La génération 1990 a inventé non pas un style musical mais un nouveau mode de consommation : le téléchargement avec le P2P basé sur un échange gratuit, provoquant une explosion de la consommation musicale.

De nouveaux modes de consommation se créent par la re-dématérialisation de la musique, comme la location qui est très nouvelle. Les nouveaux modes de consommation sont issus de l’innovation majeure lancée par Napster, où tous les autres services se sont engouffrés.
Comment va se faire la co-existence de la location avec le téléchargement gratuit, l’achat classique de fichier (protégés, inter-opérables). C’est la technologie qui poussera les détenteurs de catalogues à s’adapter.

Si l'on regarde SpiralFrog, rien n’est innovant, car ils respectent le contrat et les conditions commerciales proposées par Universal pour accéder au catalogue.
Le business model basé sur la publicité peut paraître innovant sur internet et la musique en particulier, mais reste classique au niveau des conditions commerciales d’accès au répertoire musical. Yahoo propose également de l’écoute gratuite financée par la pub. C’est identique avec les radios FM diffusant de la musique gratuite financées par la publicité, idem pour les clips télé. La publicité n’est pas une innovation pour créer de nouveaux modes de rémunération.

La question réside dans la subsistance du modèle de distribution payant à côté du gratuit. On se rend compte que face à la répression, plusieurs plateformes de P2P changent de modèles économiques. Ensuite tous les Business Model sont possibles : la location, la vente (lot, unité, abonnement, écoute, streaming, téléchargement, avec DRM, sans DRM,…)

Quelle sera la place du payant à côté du gratuit ? En France, on ne sait pas développer des technologies sans passer par la gratuité :
Le terminal a été donné pour faire décoller le Minitel
Le téléphone a été donné pour faire décoller le GSM
Le bas débit a été donné, pour faire décoler l’internet
La musique a été donnée pour faire décoller le Haut-Débit
Le cinéma est en train d’être donné pour faire décoller le Très Haut Débit

Si un géant des nouvelles technologies décide de racheter des producteurs de contenus (musique, cinéma, livres,…) il faudra qu’un nouveau business model permette de compenser la gratuité de l’un par le modèle payant de l’autre.
Tout est vraiment possible, mais restera t-il assez de ressources et pour combien de personnes (les artistes, les personnels des maisons des disques, la filière de l’industrie) ?

Propos recueillis par Fabien Eychenne
Retranscription Arnaud Klein

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