Débat Public : Musique et numérique, la carte de l'innovation - FING

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Compte-Rendu Seminaire 16 mai

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1- Présentation de la démarche : une réflexion collective et ouverte autour de l'innovation

L'entrée initiale du projet est délibérément économique : le groupe va s'attacher à creuser les pistes innovantes dans les domaines du commerce, du marketing, des modèles économiques de création, intermédiation et diffusion de la musique, en particulier dans le champ numérique.

Il s'agit plus particulièrement :
• De mieux comprendre la demande actuelle et ses évolutions
• D'apprécier l'évolution du rôle des professionnels le long de la filière et les variations de la "fonction de production" (au sens économique) musicale
• De défricher et mettre en évidence l'innovation très vive dans ce domaine et comprendre les manières dont évoluent la chaîne de valeur et les jeux d'acteurs dans la chaîne

Quels objectifs ?
L'idée de départ n'est pas de réaliser une étude, mais d'enclencher un processus de réflexion collective.
Ce premier séminaire en "cercle fermé" constitue une première étape vers une consultation publique et ouverte.

L'objectif n'est pas de formuler des recommandations aux acteurs publics ; on cherche des éléments concrets, innovants, des logiques "gagnant-gagnant" dont les acteurs peuvent s'inspirer.

Quelle forme le projet va t-il prendre?
La proposition initiale consiste à articuler les travaux en en trois temps :
• Une phase de recensement des travaux, études et projets concrets, centrée sur l'innovation (innovation de service, commerciale, sociale, technique, de standards, etc.)
• Une deuxième phase de débat public en ligne (juin-octobre)
• La réalisation d'une synthèse dont les contenus seront discutés par un Comité consultatif et qui sera elle-même soumise à commentaires et contributions publics

2- Liste des participants au séminaire

• Alban Martin (Auteur / Blogueur) - http://cocreation.blogs.com/
• Guillaume Champeau (Ratiatum - http://www.ratiatum.com)
• Jean-Noël Bigotti (IRMA - http://www.irma.asso.fr/)
• Ignazio Lo Faro (BnFlower) - http://www.bnflower.com/indexFR.htm
• Eric-Marie Gabalda - Secrétaire & co-admin http://musique-libre.org
• Claire Giraudin (Responsable Etudes et Nouvelles Technologies - Direction de la Communication - ADAMI / chercheuse)
• Hervé Rony (Directeur général du SNEP)
• Freddy Mini (Co-fondateur et Directeur de Music Me –
http://www.musicme.com/ Moteur de recherche musical)
• Sylvie Castel (Ministère de la Culture)
• Philippe Chantepie (Chef du département des études et de la prospective au Ministère de la Culture)
• Benoit Tersiguel (Blogueur, éditeur du site Radioblogclub.com qui référence tous les morceaux diffusés sur les blogs) - http://www.radioblogclub.com
• André Nicolas (Observatoire de la musique - http://observatoire.cite-musique.fr/observatoire/)
• Fabrice Rochelandet (ADIS-Paris 11 http://www.adis.u-psud.fr/robinson)
• Laurent Kratz (Co-fondateur de Jamendo - http://www.jamendo.com/fr/)
• Florent Verschelde (Covert Prestige - http://www.covertprestige.info)
• Philippe Jacques (Phil Axel) - Musicien - http://www.philaxel.com)
• Anne-Catherine Lorrain (Juriste et doctorante en Droit de la propriété intellectuelle et NTI - CERDI - Universités Paris I - Paris XI - Thèse sur les contrats d'exploitation de musique en ligne)
• Sylvie Krstulovic (Consultante indépendante /
http://mymusic.typepad.com/my_music/)
• Jean-Samuel Beuscart (Sociologue) - www.melissa.ens-cachan.fr/jsb
• Alain Charrias, Adami
• Vincent Rouzé, Chercheur associé au CEMTI, Université Paris 8, http://rouzev.free.fr/index.php
• Romain Francou, étudiant ESC Dijon
• Daniel Kaplan, délégué général de la Fing
• Arnaud Klein, Fing
• Fabien Eychenne, Fing
• Denis Pansu, Fing
• Renaud Francou, Fing

3- Mieux comprendre le marché de la musique et la demande actuelle

3-1 Intervention d'André Nicolas, Observatoire de la musique

Le marché des CD au détail représente 1,5 milliards d'euros TTC en 2005, il a baissé de 25% en 5 ans. Avec 187 000 références, on a assisté en 2005 à la première baisse de l'offre vendue. Cela intervient alors que le nombre de points de vente physiques et numériques continue de croître.

En termes de chiffre d'affaires, la musique en ligne est très loin de prendre le relais du CD. Les sonneries représentent un CA d'environ 200 millions d'euros, mais en revanche les 20 millions de titres téléchargés en 2005 représentent 19 millions d'euros de ventes. Au premier trimestre 2006, on atteindrait 8,5 millions de titres téléchargés et 8,9 millions d'euros (7 millions sur PC pour 6 millions d'euros, 1,5 millions vers les mobiles – hors sonneries – pour 2,9 millions d'euros). Notons qu'on n'a pas de chiffres consolidés sur le CA du spectacle musical ou encore sur celui de la musique écrite.

La situation est donc préoccupante et pose la question de la pérennité du modèle industriel et commercial de production/distribution lui-même. Si les acteurs dominants de la distribution (les grandes surfaces alimentaires) lèvent le pied, les structures spécialisées même les plus innovantes ne seront pas (du moins à court terme) en mesure d'empêcher le marché de s'effondrer.

Ce phénomène intervient de manière paradoxale alors que la consommation de "contenus", notamment de musique, croît de manière exponentielle : on écoute de plus en plus de musique, dans des circonstances et des lieux de plus en plus divers. Mais il y a une fragmentation des usages, qui déstabilise le système de production.

Le marché actuel est extrêmement concentré et a tendance à se concentrer encore plus. 4% des références font 90% des ventes. La diffusion radiophonique des titres se concentre sur quelques centaines de titres. Les investissements publicitaires aussi. En musique, le marketing est roi. En même temps, derrière cette concentration, il y a un très grand nombre de petits acteurs.

Les nouveaux intervenants de la musique en ligne ne sont pas actuellement des acteurs, stricto sensu, de la filière musicale, ils n'assument pas – pour l'instant – de responsabilité dans l'offre. Quelle est vraiment leur capacité de prescription ? Ces acteurs vont-ils devenir producteurs ? Ou se comporteront-ils uniquement comme des intermédiaires supplémentaires, ce qui peut ajouter à la concentration plutôt que l'inverse ?

Dans la confrontation entre des acteurs puissants (maisons de disques, opérateurs télécoms, portails, éditeurs de logiciels...), la diffusion de la diversité musicale peut être oubliée. Le formatage des œuvres peut s'accroître (ex. faire des morceaux de 15 secondes pour le "format mobile") ; le financement des artistes émergents peut être évacué – l'internet jouant un rôle bien pratique de dispositif de présélection dans lequel les artistes sont entièrement seuls, ce qui fait faire des économies aux maisons de disque mais favorisera certains artistes et pas d'autres.

Il est en tout cas important, dans la suite de ce travail, de bien faire la distinction entre deux choses :
• Des modèles d'affaires individuels, avec leurs conditions de succès
• Le fonctionnement du système, de la filière de création musicale – qui nécessite plus que quelques succès commerciaux individuels

Discussions suite à la présentation :

Parmi les questions soulevées par les tendances du marché musical en 2006…

• Les technologies numériques ont permis de réduire fortement les coûts de production d’un album. Aujourd’hui, tout artiste peut produire à moindre coût un « master » de qualité acceptable. Les barrières à l’entrée au niveau de la production ont désormais disparu. Quels vont être les impacts de ces « prom-am » développant leur notoriété par la promotion décentralisée permise par les réseaux P2P, les blogs, les podcastings, etc. dans les productions indépendantes ?

• Beaucoup de jeunes internautes ("56% des 12-18 américains", selon le Pew Internet Project) sont également "producteurs de contenus" (au sens large : partager des photos sur FlickR, publier un blog, écrire dans des forums...) ; ce sont par ailleurs les clients de demain. Beaucoup de choses sont écrites sur ces "consommacteurs", parfois de manière un peu abusive, mais il est malgré tout important de comprendre comment cette forme d'intervention sur les réseaux peut modifier leur consommation musicale.

• On peut spéculer sur le fait que le seuil de rentabilité d'un artiste va baisser. Par l'effet des réseaux sociaux associé aux pratiques " virales", la communication pourrait être plus ciblée et à moindre coût ; une hypothèse est que la massification (à démontrer!) de ce phénomène favorise l'émergence d'une plus grande diversité d'artistes (re-)connus au sein de leurs communautés. L'économie de la "longue traîne" permettrait en outre d'agréger autrement des audiences réduites, sans souffrir des limitations physiques du stockage en bac ou de l'occupation de pages des grands portails, et donc de faire émerger des marchés significatifs pour un plus grand nombre d'artistes.

• On parle un peu trop rapidement d'une baisse des coûts de la production et de la diffusion musicale. Il faut distinguer :
- Le fait que des outils de production de plus en plus élaborés soient accessibles à tous : c'est vrai, et cela monte le niveau moyen de la production amateur. Mais les productions ambitieuses ont plutôt tendance à coûter de plus en plus cher.
- Il ne coûte pratiquement rien de rendre ses contenus accessibles en ligne. En revanche, se faire connaître, s'extraire du bruit ambiant, et vendre, coûte beaucoup plus cher. Les barrières baissent, mais là encore, les succès ne se construisent pas sans investissements, souvent colossaux. C'est une nuance à apporter quand on clame que "Les Pro-ams ("professionnels-amateurs") disposent de moyens de production proche de ceux des professionnels".

• Quand on parle d' "autoproduction", là aussi il y a une nuance forte : l'autoproduction des pauvres et l'autoproduction des très riches (ex. Prince, qui n'a d'ailleurs pas réussi économiquement à prendre son indépendance vis-à-vis des maisons de disques)

• Quel sera demain le format du contenu musical ? De plus en plus, les industries de l’entertainment demandent aux artistes de formatelist


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