Dbat Public: Musique et numrique, la carte de l'innovation - FING

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Débat Attali-Rony

Inter-activ' – France Inter 24/1/2007 - Jacques Attali, Hervé Rony

Transcription brute par Daniel Kaplan - les erreurs et omissions sont de mon fait !

Site de l'émission : http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/septneuftrente/index.php?id=51854
Disponible en écoute à la carte :
http://www.radiofrance.fr/_c/php/listen.php?file=/chaines/france-inter/chroniques2/interactive/interactive_24012007.rm

Très courte et intéressante noteégalement sur le blog de JA : http://blogs.lexpress.fr/attali/2007/01/ironie_du_virtuel.html


Musique gratuite : les professionnels le savent mais cela fait des années qu'ils essaient de ne pas le voir.
La vie de la technologie fait changer les choses pour le grand bénéfice du consommateur, mais aussi d'autres capitalistes qui savent tirer parti des mutations.

Le modèle économique de la "gratuité" n'est pas nouveau, c'est celui de la radio. Pour l'essentiel elle est financée par la publicité. En 1920 les musiciens se sont opposés à la radio en pensant que les gens ne viendraient plus au concert.

Modèle qui vient : publicité.
Autres ressources : écoute sur les objets nomades, qui sont renouvelés assez souvent. Leurs fabricants pourraient payer une redevance aux entreprises qui gèrent les droits d'auteurs.

Il y a un effondrement de la distribution physique, il mettra du temps mais il aura lieu. La musique stockée sur des objets va progressivement disparaître. Je pense que ce ne sera pas remplacé par l'achat d'un autre objet, un fichier numérique. Aujourd'hui 97% des fichiers musicaux qui sont téléchargés sur l'internet le sont gratuitement, seuls 3% sont payés : c'est un marché mort. Même ceux qui tentent de faire payer, comme iTunes, savent que l'essentiel du profit se fait sur l'objet.

Une autre source de profit, c'est le spectacle vivant. Dématérialisation d'un côté, retour au spectacle vivant comme valeur, de l'autre. Un fichier dématérialisé n'est pas rare (pas rival), tandis que le temps est rare, le temps passé avec un artiste est rare. Payer pour assister aux répétitions, aux concerts, aux enregistrements, aux rediffusions.... Un jour un métier va émerger qui consistera à faire payer pour passer du temps en privé avec des artistes, pour assister aux répétitions, pour dîner avec eux. Par exemple Artistshare.

Quelles conséquences sur le plan artistique ? L'évolution va aller plus loin, du spectacle à la création. On va passer de l'écoute à la création de musique. Cela fait longtemps que je pronostique que les objets nouveaux qui vont venir, qui arrivent, servent à la fois à écouter, mixer, mêler – c'est-à-dire à faire de la musique; Et progressivement, l'objet nomade sera l'instrument de musique. La question devient plus vaste : qui a le droit de créer, qui a le droit d'être écouté, qui crée uniquement pour son plaisir – parce que le grand marché de demain sera de créer pour son plaisir. Ce qui ne fait pas forcément une société idéale, parce qu'elle peut être une société d'autistes, une juxtaposition de gens qui n'écoutent qu'eux-mêmes, une sorte de masturbation généralisée. La véritable création sera de savoir se faire ensemble.

La pub en elle-même entraînera une sélection purement commerciale ? Ca ne peut pas être pire qu'aujourd'hui où pour survivre, les entreprises musicales et les médias créent et jettent sans cesse des artistes. Un immense champ s'ouvre. La musique classique se porte de mieux en mieux et va se développer énormément.

Un monde où le consommateur est roi est assez dangereux. Politiquement par exemple : tout électeur est consommateur, mais seuls la moitié sont travailleurs, donc on favorise les consommateurs au détriment du producteur et de l'innovateur et on dévalorise, on réduit et sous-paye le travail. Cette seule dimension de consommateur ne peut pas tout dominer. Ceux qui favorisent l'innovation et la création ont compris l'avenir.


Débat avec Hervé Rony, quelques journalistes et auditeurs :
Hervé Rony (résumé de quelques réponses)

Le nomadisme et la gratuité, c'est un constat que chacun peut faire.

Mais le mot gratuité est réducteur : rien n'est jamais vraiment gratuit. Ramener le modèle de la création musicale à la publicité et aux redevances ne rend pas justice à l'extraordinaire diversité des modèles économiques demain.

Nous réfléchissons à une multitude de modèles, dont la publicité. Mais imaginez la tête des internautes si la publicité était imposée dès qu'on veut écouter de la musique...

Nous ne ferons pas demain notre métier comme aujourd'hui. La réforme est en train de se faire. Il y a un temps de latence entre le moment où l'on prend conscience d'une évolution technologique et celui où l'on réagit, c'est aussi normal. La musique a été plus dynamique, par exemple, que le cinéma ou l'édition littéraire...

Le disque est-il trop cher ? La production de l'objet coûte peu cher, mais ce qui fait son prix c'est sa valeur immatérielle. Leur prix baisse, mais au fond investir pour un objet qui va durer des décennies, ce n'est pas si cher.

Jacques Attali (résumé de quelques réponses)

Il y a une évolution, les modèles anciens ne disparaissent pas tout de suite. Les sociétés de musique doivent être des sociétés locales, qui s'appuient sur un grand nombre de services. Elles doivent être à la fois éditrices, agents, organisatrices de spectacles et aussi pourquoi pas productrices d'objets nomades. Les sociétés qui ne produisent que des disques sont comme les vendeurs de carrosses, elles vont disparaître.

Les éditeurs de livre sont tout aussi aveugles et seront soumis aux mêmes évolutions. Google vient de passer un accord aux Etats-Unis pour faire lire des livres sur des Blackberries. On voit aussi aux Etats-Unis des gens gagner bien plus d'argent avec les conférences qu'ils donnent à partir de leur livre, qu'avec le livre. – où les journalistes avec les "ménages". Cela va devenir normal.

Des métiers nouveaux apparaissent, les musiques de film ou de pub, les sonneries...

A propos des DRM : ce sont des batailles d'arrière-garde et ça ne va pas marcher. Je suis pour la licence globale. Une autre solution serait des accords directs, privés, entre les fabricants d'objets nomades et les détenteurs de droits. Il faudra aussi une Sacem européenne.

Face à l'objection d'HR selon lequel la licence globale fige le paysage et crée des problèmes redoutables de collecte et de répartition : Jacques Attali semble en convenir (non développé, en fin d'émission), mais plus sur le mode "oui, c'est une difficulté pratique" (l'interprétation est celle du transcripteur).

Question de Bernard Guetta : Quand on ne paye pas on ne pèse pas ?

Réponse : la gratuité ne conduit pas nécessairement à la gratuité, voir la diversité des radios. Si la pub s'impose partout il y a un risque de démagogie, d'où le rôle de l'éducation comme facteur d'exigence.


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